Reconnaissance du trekking dans le haut-atlas marocain – Toubkal, du 10 au 17 avril 2018

 

“A l’heure où j’écris ces premières lignes, nous sommes « bloqués » au refuge du Toubkal, 3200m d’altitude. Toute la nuit, le bruit du vent dans la charpente du refuge ne présageait rien de bon. Au réveil, en ouvrant la grande porte en bois de ce dernier, nous découvrons un paysage brumeux où les roches que nous distinguons sont blanchies par la neige fraiche. Le vent continue à balayer la neige dans un blizzard qui refroidit même les guides marocains. Il est à cet instant-là inenvisageable de tenter l’ascension du Jbel Toubkal, 4167m, comme c’était prévu. La journée risque d’être longue, confinés dans les salons du refuge, à attendre la première éclaircie. Nous sommes vendredi, au troisième jour de notre reconnaissance dans le Haut-Atlas marocain.”

 

En ouvrant la grande porte en bois du refuge du Toubkal…Neige fraîche et vent puissant, un vrai blizzard d’altitude !

 

Jour 1 (Mardi) : Falaise -> Caen -> Paris -> Marrakech -> Imlil

 

Première nouvelle rassurante, en cette période de grève, notre train entre Caen et Paris est confirmé. Départ donc à 5h05 du matin direction Paris-Orly. Deuxième nouvelle rassurante, notre avion échappe également au mouvement de grève. Nous serons bien à Marrakech à 14h. 1h30 après l’atterrissage et après un interminable contrôle des passeports, nous voilà dans le bus direction le centre-ville et sa gare routière. Autant vous dire qu’un petit blond (Etienne) et un grand blanc (Guillaume) ne passent pas inaperçus. Marrakech veut nous vendre tout et n’importe quoi ! Nous trouverons plutôt facilement un taxi pour Imlil, village départ de notre reconnaissance. Imlil, c’est un peu le Chamonix marocain. On y trouve hôtels, magasins de matériels de montagne et agence de trekking. Nous dormirons dans une auberge qui deviendra notre point de base pour le trek que nous proposerons en 2019. L’accueil y est exceptionnel, comme partout ici d’ailleurs.

Imlil, le Chamonix marocain

Jour 2 : (Mercredi) : Imlil -> Refuge Tazarhart (3000m)

 

Au réveil, la météo marocaine ressemble plus à la météo normande : pluie, humidité et fraicheur. Il va falloir s’y faire, nous pensions qu’il faisait toujours beau temps ici. Départ sous la pluie donc. Direction tout d’abord le refuge de Tamsoult par le Tizi M’Zik (2500m). La pluie nous accompagnera jusqu’ici, pour ensuite laisser la place au soleil. Voilà la météo marocaine !

La pluie laisse place au soleil dans de magnifiques jeux de lumière

Nous traversons des cultures invraisemblables de noyers et de cerisiers à plus de 2000m d’altitude, alimentées par des canaux d’irrigation creusés sur les flancs escarpés du secteur. La descente vers le refuge de Tamsoult nous laisse entrevoir les premiers sommets culminants à presque 4000m au pied desquels ont été taillées des terrasses de cultures verdoyantes. Magnifique !

En arrivant au refuge Tamsoult, les terrasses de cultures culminent à plus de 2500m d’altitude

 

Un whisky berbère plus tard, nous voilà repartis en direction du refuge Tazarhart (3000m). Sur notre route, la cascade d’Irhoulidene, puis le cirque du même nom, endroit grandiose.

 

La cascade d’Irhoulidene, lieu impressionnant et fascinant

 

Avant d’arriver au refuge, on découvre les sommets fraîchement plâtrés de neige

 

Nous arrivons dans ce petit refuge, qui trône au milieu des montagnes enneigées et des parois verticales et hostiles de la Tazarhart. Son rôle de refuge n’aura jamais été aussi vrai, comme un dernier lieu de vie possible avant la montagne dans son caractère le moins accueillant. Nous rencontrons ici, au bout du monde, Hassan et Brahim, deux guides qui ont le cœur sur la main. Nous sympathiserons avec eux, au point d’envisager de travailler avec eux à l’avenir. Dans ce refuge, nous avons rencontré deux personnes, et nous avons surtout rencontré la générosité.

 

Le petit (minuscule) refuge de Tazarhart, dans lequel nous rencontrons les guides marocains Brahim et Hassan avec qui nous sympathiserons

 

Un whisky berbère avec panorama

 

Jour 3 : (Jeudi) : Refuge Tazarhart -> Ras Ouanoukrim -> Timezguida -> Refuge du Toubkal

 

Départ matinal du refuge Tazarhart, direction le refuge du Toubkal. Les couleurs de l’aube viennent sublimer les paysages du Haut-Atlas. Nous franchissons l’Aguelzim (3550m) avant de basculer dans une vallée parallèle. Là, le Toubkal nous fait face. Avant de descendre à son pied, nous jetons un œil derrière nous. Hassan et Brahim sont encore en bas avec leurs clients portugais, lesquels nous ont accueilli à bras ouverts la nuit dernière pour nous laisser une petite place dans le minuscule dortoir. Nous les reverrons le soir même au refuge du Toubkal.

La montée vers le col de l’Aguelzim (3550m) dans une ambiance matinale exceptionnelle

 

Un plat de pâtes plus tard, direction le Ras Ouanoukrim, un « 4000 » très sauvage selon les locaux. Et en effet, nous quittons la foule du Toubkal pour se retrouver seuls dans un vallon magnifique dont l’issue est le Tizi N’Ouagane (3750m). La vue bascule, le paysage s’ouvre sur le désert du sud et nos yeux impriment cette beauté infinie. Il ne reste que 330m de dénivelé pour atteindre le Ras, 4083m.

 

Au Tizi N’Ouagane (3750m), le panorama s’ouvre devant nous, on distingue le Sahara occidental

 

Nous empruntons l’arête Est, technique mais joueuse, et terriblement belle. Le vent forcit et fait chuter la température malgré un soleil omniprésent. « Guillaume, on met nos gants ! ». 10 minutes plus loin, et un sac retourné de fond en comble, et toujours en plein vent, Guillaume n’a pas ses gants. La température ressentie doit être largement négative. Problème…mais Guillaume décide de continuer, en alternant mains dans les poches et escalade. Erreur de débutant allons-nous dire…

 

L’arête Est du Ras Ouanoukrim, aérienne et joueuse

 

Finalement, la fin de l’ascension se fait à l’abri du vent, l’atmosphère se réchauffe, et nous voilà déjà à 4000m, la première fois pour Guillaume ! Le panorama y est splendide, et personne n’y est venu depuis longtemps, probablement. Ras Ouanoukrim (4083m) et Timezguida (4088m), sommets jumeaux et voisins du Toubkal, sont nos premiers « 4000 » marocains.

 

Guillaume, sur l’antécime du Ras Ouanoukrim, 4083m

 

Notre premier 4000 marocain, tout sourire

 

Redescente express jusqu’au refuge du Toubkal grâce à nos glissades répétées sur les névés jaunis par le sable saharien qui s’est envolé jusqu’ici. Nous dégustons un délicieux tajine concocté par notre ami Brahim, avant de tomber dans les bras de Morphée, confortablement roulés dans nos duvets alors que le vent commence à souffler dehors…la suite, vous la connaissez.

 

Descente vers le refuge du Toubkal pour un repos bien mérité après notre premier 4000 marocain

 

Jour 4 (vendredi) : coincés au refuge, jour de blizzard…

 

Nous errons dans le refuge du Toubkal une grosse partie de la journée, en attendant désespérément une éclaircie…qui ne viendra jamais. Le refuge, qui fonctionne comme un vrai camp de base, vit au rythme des arrivées et des départs. Certains sortent du brouillard subitement dans l’espoir de grimper le Toubkal le lendemain, d’autres s’enfoncent dans le blizzard afin de regagner leurs quartiers, des souvenirs et des souffrances gravés dans leurs têtes probablement pour longtemps. C’est dans ce contexte que j’écris ces lignes, pour tuer le temps. Finalement, à 15h, je me décide à mettre le nez dehors. Doudoune, bonnet, pantalon imperméable de rigueur, direction le Tizi N’Ouanoums (3680m).

Au Tizi N’Ouanoums (3680m), la tempête fait rage

 

Ce col situé au dessus du refuge permet de basculer dans la vallée du lac d’Ifni, apparemment très joli…Il est tombé par endroit 40 cm de neige, avec beaucoup de vent, le cocktail idéal pour la formation de plaques à vent. Il faudra être vigilant demain si nous voulons grimper sur le Toubkal. En attendant, me voilà seul au milieu du massif, à brasser dans la neige fraîchement tombée, le visage fouetté par les rafales de neige. Dans ces moments là, on se sent vivant et c’est une réelle sensation de liberté qui me gagne. C’est pour ce sentiment que j’aime la montagne et son environnement. L’effet venturi au col ne m’a fait pas rester longtemps. Guillaume m’attend au refuge à 17h, alors je descends droit devant pour être le plus rapidement arrivé. Un whisky berbère et je finis d’écrire ces quelques lignes, au chaud.

 

Jour 5 (samedi) : Refuge du Toubkal -> Jbel Toubkal (4167m) -> Aroumd

L’éclaircie annoncée arrive dans la nuit, et certains groupes partent déjà à l’assaut du géant maghrébin, il est 4h du matin. Hier, la tempête qui a balayé le massif a déposé par endroit 40 cm de neige. Nous décidons de partir après tout le monde, la trace sera faite, ce qui nous évitera de brasser inutilement…Nous quittons le refuge à 7h, et le jour fait doucement son apparition. Nous doublons inlassablement des caravanes de randonneurs – alpinistes – citadins, appelez-les comme vous voudrez. Allez savoir pourquoi, mais ce « 4000 » est le théâtre de bien des imprudences. De jeunes marocains, sacoche autour du cou, jean et petits gants en laine partent à l’assaut du Toubkal, la nouvelle lubie des citadins marocains apparemment. Nous rencontrons également un couple de Français, chaussés de « Converse » en toile et la langue par terre, qui nous demandent à combien de temps est le refuge. Ils ont fait 1 heure, il en reste 3…Ce défilé carnavalesque donne lieu à des pronostics de réussite ou d’échec entre nous deux, on s’en amuse. Seulement, il fait -15°C au sommet, il y a 100 km/h de vent, et l’itinéraire emprunte des portions glacées. Il y a eu 3 morts 15 jours auparavant…pas étonnant.

Ascension rapide et matinale du Jbel Toubkal (4167m)

 

2h plus tard, et après avoir doublé quasiment l’intégralité des prétendants à l’ascension, nous voilà au sommet. Nous y restons 4 minutes, le temps de prendre quelques photos, et le froid nous fait déguerpir rapidos !

 

Au sommet il fait -15°C, juste le temps de prendre une photo

 

Nous choisissons de descendre par un autre itinéraire, une combe ouest parallèle à celle par laquelle nous sommes montés. Apparemment, par ici repose la carcasse d’un avion qui s’est écrasé un jour de blizzard de 1968, causant la mort de 7 personnes. Et effectivement, nous tombons sur le moteur de celui-ci, c’est un lieu mystique et fascinant.

 

Descente dans une autre vallée sublime du Toubkal

 

L’épave du moteur d’avion, perchée là sur une antécime du Toubkal

 

C’est aussi un lieu profondément beau, où se réunissent la haute-montagne et les grands espaces, la chaleur berbère et la fraicheur sommitale, la solitude et la richesse d’un pays tout entier… Nous sommes seuls, tous les deux, dans ce vallon loin de la foule du Toubkal.

 

Un lieu magique…

 

…dans lequel nous sommes seuls au monde !

 

Après avoir dégusté un dernier repas avec toute l’équipe de guides marocains, nous entamons la longue descente vers Aroumd. Mohammed nous accueille chez son fils, dans un gîte niché au cœur du village berbère perché sur un monticule rocheux. C’est un lieu magnifique, empreint d’authenticité et de valeurs montagnardes. Nous sommes bien ici. Merci Mohammed.

 

Un whisky berbère à Aroumd, vu sur le Toubkal

 

Jour 6 (Dimanche) : Aroumd -> Tizi N’Tzikert -> El Hadj (3150m) -> Tizi M’Zik -> Imlil

 

Nous ne choisissons pas la facilité pour relier Aroumd et Imlil, ces deux villages étant à 15 minutes l’un de l’autre par la route. On prend la direction du Tizi n’Tzikert, col situé à 2930 m d’altitude et qui permet normalement de basculer dans la vallée du refuge Tamsoult. La montée est longue et la température aujourd’hui est plutôt élevée.

Tizi N’Tzikert, 2930m d’altitude, il fait chaud aujourd’hui

 

Une fois au col, direction le sommet El Hadj en empruntant l’arête Sud-Est. Le panorama au sommet est juste impressionnant. Nous visualisons derrière nous tous nos itinéraires passés, et devant nous la plaine où l’on distingue Marrakech et l’océan à l’horizon lointain. Ce sommet, c’est comme un point de jonction entre le début et la fin de notre reconnaissance.

 

Le panorama depuis le sommet El Hadj (3150m), l’horizon à perte de vue

 

La descente rapide vers Imlil nous permet de profiter des gourmandises marocaines, les Msemen, avant de prendre notre taxi pour redescendre définitivement dans l’agitation de la capitale.

 

La descente vers Imlil…

 

Jour 7 (Lundi) : Marrakech…ce n’est plus l’ambiance « montagne »

 

Nous profitons de cette journée pour visiter Marrakech. Hier nous étions seuls pendant des heures et des heures à marcher dans l’environnement sauvage du Haut-Atlas. Aujourd’hui, nous visitons la capitale agitée, avec le doux son des klaxons en guise de fond musical. Oui, ici la circulation est régie par les klaxons des voitures et des mobylettes, les priorités n’existent pas. La paillote, très bon restaurant de Marrakech, est légèrement à l’écart de la ville. Ça nous fera une bonne pause auditive…et gustative !

Footing à la découverte de Marrakech

 

Dans une nuit d’octobre 2016, perdu dans mes rêves, j’ai aperçu ma propre silhouette au sommet du Toubkal. « La trace d’un rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas, ou du sillon d’une charrue dans la terre ». Georges Duby.