Récit du trekking dans les Highlands d’Ecosse du 26 mai au 2 juin 2018 avec A Caen La Forme

Je suis revenu la semaine dernière d’une magnifique traversée de l’île de Skye. La météo était parfaite et les paysages de l’île sont toujours aussi magiques. Je possède d’ores et déjà une statistique inédite : en totalité, j’ai marché 12 jours en Écosse…dont 11 sous le soleil. Je me dis que cette chance va bien devoir s’arrêter un jour. Allez, on croise les doigts pour cette nouvelle semaine à travers les West Highlands.
La joyeuse équipe se retrouve à l’aéroport de Paris CDG samedi matin, direction Glasgow. Il manque une seule personne, qui a préféré faire une escale à…Ibiza, avant de nous rejoindre en Écosse. Nuage et pluie sur l’île méditerranéenne, soleil radieux à Glasgow, voilà le topo ! Ça y est, l’équipe est au grand complet, direction Fort William, à 2h30 de route. Imaginez Chamonix…au bord de la mer, avec son port, ses mouettes et ses algues échouées sur la plage, et vous obtenez Fort William. Cette cité trône au pied du Ben Nevis, la plus haute montagne de Grande-Bretagne qui culmine à 1344m d’altitude. C’est notre menu du lendemain. Mais avant cela, tout le monde mérite une bonne nuit de sommeil.

Jour 1 : ascension du Ben Nevis (1344m) par l’arête Carn Mor Dearg : 18km et 1600m D+

Afin de mettre tout le monde dans le bain, nous entamons ces 5 jours de trekking par l’étape la plus technique. Le soleil est bel et bien présent, et ça tombe très bien ! En effet, je ne m’aventurerais pas sur l’arête Nord du Ben Nevis par un temps humide. L’itinéraire est très rocheux (et donc glissant par temps de pluie) et parfois assez vertigineux.

La face Nord du Ben Nevis, raide et hostile…

Nous quittons le sentier principal après une petite heure de marche pour rejoindre cette fameuse arête. Plus de 1000m de dénivelé plus loin, nous y voilà. Le vent nous fait la surprise de sa présence là-haut, histoire de nous compliquer un peu plus la tâche. L’ambiance alpine qui règne dans le secteur nous enveloppe tous dans une sorte de concentration, une introspection montagnarde, une lutte face aux éléments. Parois verticales, pierriers, arête effilée, vent…on se sent vivant !

En arrivant sur l’arête, le vent nous cueille par surprise. La petite ville de Fort William est en arrière plan.

La face Nord du Ben Nevis nous accompagne tout au long de notre progression sur l’arête. Cette face est une immensité rocheuse dans laquelle des coups de sabre encore enneigés nous laissent rêveurs. C’est infiniment hostile, mais tellement fascinant.

La progression sur l’arête Nord du Carn Mor Dearg est technique.

Il ne nous reste que quelques pas dans un grand pierrier pour atteindre le sommet. Et enfin, nous y sommes. Sur le toit de Grande Bretagne. Nous avons ici comme l’impression d’être à 3000m d’altitude dans les Alpes tant les paysages sont ressemblants. Pas de végétation, de la neige et des rochers. Puis il est temps de manger, la montée a été longue et harassante.

Le pierrer final sous le sommet du Ben Nevis, 1344m.

 

La fine équipe sur le toit de Grande-Bretagne, les pieds dans la neige.

Nous descendons par la voie normale, beaucoup plus facile que l’arête par laquelle nous sommes montés. Le vent tempétueux du sommet laisse place à une légère brise agréable. Après la traversée périlleuse d’un torrent, nous voilà de retour au minibus, le sourire aux lèvres. Voilà comment s’achève notre première journée de trekking, sous les meilleurs hospices.

La descente est agréable. On enlève les vestes.

 

Nous devons rejoindre dès ce soir Lochcarron, une petite bourgade situé sur les rives du loch Carron. 1h30 de route sépare Fort William de cette dernière. Malheureusement, un accident sur notre route nous oblige à faire un léger détour…de 2h ! Nous faisons donc une pause dîner à Inverness, au nord du très célèbre Loch Ness, avant de reprendre la route vers Lochcarron.
Mais soudain, à quelques encablures de notre arrivée, on aperçoit une montagne en feu ! Le spectacle, de nuit, est juste fascinant. C’est vous dire à quel point il fait exceptionnellement chaud en ce moment en Ecosse. La chute d’un poteau électrique a mis le feu à des hectares de landes. Le feu durera 2 jours.

De l’autre côté du Loch Carron, la montagne s’embrase…nous offrant un spectacle nocturne magique.

Jour 2 : ascension du Beinn Bhan (896m), massif des Torridons : 13km et 1000m D+

Ce matin, au lever du jour, le feu est toujours en train de dévorer tout un flan de montagne, produisant un nuage de fumée qui envahit toute la région de Torridon.
Notre objectif du jour est de gravir le Beinn Bhan, un sommet culminant à 896 m d’altitude, et qui offre des panoramas à 360° sur tout le massif. Nous démarrons sous un soleil de plomb, et la température avoisine déjà les 25°C.

Au menu du jour, le Beinn Bhan, 896m. On longe ses parois verticales une bonne partie de la matinée.

Nous longeons les parois impressionnantes du sommet un bon moment, avant d’entamer une longue traversée hors sentier qui nous mène dans un cirque sauvage, au nord. Une pente raide se dresse face à nous. C’est la grosse difficulté du jour.

Nous arrivons dans un cirque magnifique et impressionnant. Maintenant il faut monter là-haut !

Nous dominons maintenant le Lochan Coire na Poite, un lac que nous avons contourné quelques minutes auparavant. Chacun prend son rythme, la pente est soutenue, nous faisons des zigzags. Au son des essoufflements, tout le groupe évolue tranquillement, et enfin nous y voilà, sur la crête du Beinn Bhan. Une légère brise vient rafraichir les moteurs montés en température pendant l’ascension. Mais surtout, un panorama incroyable nous récompense légitimement de ces quelques gouttes de sueur qui perlent encore sur nos visages. Nos esprits captent certains paysages sublimes pendant que nos yeux divaguent dans l’horizon infini. « Au loin, là-bas, c’est l’île de Skye, on distingue des montagnes noires, c’est les Cuilin Hills. On y sera dans deux jours ».

Après une longue montée éprouvante sous la chaleur, nous voilà sur la crête du Beinn Bhan. Le panorama nous récompense.

 

Non non, vous ne délirez pas ! Il y a bien sur cette photo un nêvé en forme de poisson, Fred qui fait l’ange dans la neige, la mer et l’île de Skye à l’horizon…

Nous mangeons sur une corniche rocheuse où souffle un air rafraichissant, et nous en avons besoin tant la température est élevée aujourd’hui. De longs moments de silence traduisent les égarements de chacun dans ces paysages toujours aussi majestueux. Ces instants sont précieux, ressourçants, loin de toutes agitations.

A deux pas du sommet, les panoramas sont magnifiques.

 

Nous mangerons ici, au sommet des parois qui dominent le massif des Torridons.

Nous descendons sur l’arête sud du sommet sur une petite sente à peine visible. Peu de personnes passent par ici. Nous sommes seuls depuis le début de la journée. De part et d’autre de l’arête, la mer et les montagnes s’entremêlent partout et nous offrent des paysages à couper le souffle…A droite une pente vertigineuse qui descend jusqu’à la mer, à gauche des barres rocheuses de plusieurs centaines de mètres de hauteur, devant l’horizon, et au-dessus un soleil intense. Des instants magiques comme ceux-là, il faut en profiter, c’est eux qui façonnent la richesse de nos souvenirs.

Nous descendons dans des paysages sublimes…les grands espaces !

 

la mer et les montagnes s’entremêlent partout et nous offrent des paysages à couper le souffle.

 

Le ciel est encombré par la fumée liée au feu qui fait rage sur l’autre versant de la montagne…

 

De retour au minibus, les visages de chacun s’illuminent d’un sourire. Direction le premier bar pour se désaltérer, il a fait chaud aujourd’hui !
Nous dormons à Strathcarron. Cette petite localité est situé de l’autre côté du Loch Carron, en face du petit village du même nom où nous avons séjourné hier. Nous nous sommes rapprochés du feu qui fait toujours rage sur la montagne derrière l’hôtel. D’ailleurs, les pompiers ont monopolisé le restaurant de notre hôtel. Le patron s’excuse et nous propose gentiment de nous amener dans un autre restaurant, pas très loin d’ici. La partie de rigolade commence à ce moment précis de l’histoire. Il nous ouvre les porte de son minibus, et là, surprise ! Des kilos de poils de chien tapissent le sol, les sièges et les portes.
C’est assez impressionnant pour le souligner, nous avons même pensé que le chien était en fait un mouton ! Un fou rire généralisé s’empare du groupe. Le voyage n’est pas long, seulement quelques minutes, et le restaurant est vraiment génial. C’est finalement une bonne anecdote à raconter.

Jour 3 : tour du Maol Chean Dearg par les lacs : 20km et 750m D+

La météo est une nouvelle fois au beau fixe aujourd’hui. Soleil radieux et température estivale. Nous démarrons cette journée en remontant une longue vallée où coule un torrent sauvage et méandreux, le Fionn abhainn. Cette vallée est large, profonde, et dominée de part et d’autre par de hauts sommets rocailleux. On se sent tout petit ici.

On remonte une longue vallée sauvage.

Nous passons à proximité d’un petit refuge, dressé là, au milieu de nulle-part, juste avant de bifurquer vers un col perché à 600m d’altitude, sous le Maol Chean Dearg (933m).

Le petit refuge, construit là au milieu de rien…

Au col, les éléments décident de nous gâter d’un spectacle grandiose. Quelques nuages moutonnés s’étirent artistiquement dans le ciel. Le lac en contrebas, transpercé par les rayons du soleil, se pare d’un bleu puissant, et l’An Ruadh-stac (892m), cette pyramide rocheuse qui nous fait face, apporte son grain d’hostilité dans ce paysage qui nous laisse rêveurs.

Au col, les éléments décident de nous gâter d’un spectacle grandiose. Quelques nuages moutonnés s’étirent artistiquement dans le ciel…

 

…Le lac en contrebas, transpercé par les rayons du soleil, se pare d’un bleu puissant…

 

…Et l’An Ruadh-stac (892m), cette pyramide rocheuse qui nous fait face, apporte son grain d’hostilité dans ce paysage qui nous laisse rêveurs.

Nous poursuivons notre chemin pour longer bientôt le Loch Coire an Ruadh-staic puis le Loch an Eoin et le Loch na Craoibhe-caoruinn. Tous ces lacs aux noms gaéliques ponctuent notre randonnée de longs moments de contemplation. D’un bleu profond, ils émerveillent nos sens et nos pensées. Sous ce soleil, c’est tellement beau.

Passage sur les rives du Loch Coire an Ruadh-staic.

Nous mangeons sur une petite plage du Loch an Eoin, les pieds dans l’eau. Certains se baigneront même ! Une petite sieste plus tard, nous repartons en direction du dernier lac de la journée, le Loch Coire Fiannaraich, avant de redescendre la vallée sauvage que nous avons sillonnée le matin même.

En fin de journée, nous passons sur les rives du Loch Coire Fiannaraich.

 

Il est maintenant tant de rejoindre l’île de Skye où nous attendent nos deux dernières étapes et surtout des paysages toujours aussi uniques. Nous dormons dans un petit gîte à Portnalong, sur la côte Ouest de l’île. L’endroit est sublime.

Jour 4 : la Talisker Bay depuis Fiskavaig : 10km et 450m D+

Toujours sous un soleil de plomb, nous commençons notre journée au milieu des moutons, dans la lande. Nous franchissons une petite butte, puis une deuxième, et enfin nous distinguons la mer, au loin. On se rapproche doucement de la baie de Talisker.

Nous commençons au milieu des moutons.

Une mer d’huile et bleue à souhait, un ciel limpide, et une terre habituellement battue par les tempêtes qui trouve en ces instants une respiration de douceur climatique…Ca y est, nous sommes perchés là-haut, au sommet de la falaise qui surplombe la baie, et cet endroit est d’une beauté rare. Au cours d’une rêverie enfantine, je me suis vu en train de surfer des vagues parfaites dans cette baie, au milieu des immensités rocheuses qui l’entoure. Des caraïbes à l’Ecosse, il n’y a qu’un pas…

 

Ca y est, nous sommes perchés là-haut, au sommet de la falaise qui surplombe la baie, et cet endroit est d’une beauté rare.

 

La mer d’huile, un ciel limpide, et une terre habituellement battue par les tempêtes qui trouve en ces instants une respiration de douceur climatique…

Nous sortons de nos rêveries pour continuer notre chemin sur les hautes falaises qui plongent dans l’océan. Mais c’est trop dur de résister, la beauté des lieux nous empêche d’avancer. Devant nous se jette à corps perdu une rivière dans l’infinité océanique sous un ciel limpide et immaculé. Nos yeux se perdent dans l’immensité du lieu, puis se délectent d’un détail croustillant.

 

Une cascade plonge dans l’océan.

La suite n’est qu’une partie de plaisir, à mi-chemin entre la lande et l’océan.

Les paysages sont d’une beauté infinie…

 

Direction Portree, ville principale de l’île, où un bon après-midi de repos nous fera du bien. Demain, c’est la grosse étape du trekking, la Trotternish ridge, une crête de 28km qui traverse du sud au nord la péninsule du même nom.

Jour 5 : la Trotternish ridge : 28km et 1500m D+

Ce matin, le réveil est matinal car la journée de randonnée s’annonce longue. Nous commençons par l’ascension de l’incontournable « Vieil homme du Storr » (The Old Man of Storr). Cette aiguille volcanique, dressée face à la mer, est un lieu emblématique de l’île, et on comprend pourquoi. Cet endroit est fascinant de beauté.

La fine équipe devant l’incontournable « Old Man Of Storr ».

Les quelques nuages présents dans le ciel aujourd’hui ne viennent que sublimer le panorama. C’est la première journée où ils pointent le bout de leur nez, et ils sont quand même en-dessous. Tout ce qu’ils ont gagné, c’est qu’ils nous offrent un paysage unique, une belle mer de coton dans laquelle s’extirpent les reliefs acérés de la Trotternish ridge.

Les reliefs acérés de la Trotternish ridge s’extirpent de cette mer de coton…

Quelques heures plus tard, les nuages ont complètement disparu, laissant place à un ciel cristallin. La crête offre des paysages incroyables sur la mer des deux côtés de la péninsule. On distingue les îles de Lewis et Harris au large, ce sont les Hébrides extérieurs.

La trotternish ridge offre des panoramas uniques sur la mer.

La Trotternish ridge est une succession de petites montées et descentes sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à Quiraing. Assimilable aux reliefs du Storr, Quiraing est une curiosité géologique. Aiguilles, failles, parois, pierriers et blocs déportés font la richesse de ce lieu.

On approche des reliefs caractéristiques de Quiraing.

Nous traversons ses pentes herbeuses d’un vert intense avant de plonger en direction de Flodigarry, sur la côte Est de la péninsule. Après 9h à crapahuter dans les reliefs de la Trotternish ridge, nous arrivons enfin dans cet hôtel somptueux, à l’architecture typiquement écossaise.

Le sentier dans les pentes herbeuses de Quiraing, un bonheur pour le randonneur !

 

C’est ici que se terminent nos cinq jours de trekking à travers les West Highlands. Nous avons pu évoluer dans des paysages bien différents, du très rocheux Ben Nevis à l’île de Skye partagée entre la terre et la mer, en passant par les landes du massif des Torridons. La météo exceptionnelle nous aura gâtés, et aura sublimé tous les paysages que nous avons rencontrés pendant ces cinq journées. Je peux maintenant revenir sur la statistique que j’évoquais au début de ce récit : j’ai marché 17 jours en Ecosse, dont 16 sous le soleil ! Je crois que c’est un record du monde…
A l’année prochaine donc, pour continuer à marcher sous le beau temps écossais !